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Rencontre avec Baptiste Leroux

Artiste du programme émergence d'Ambivalences

#Résidence

Dans le cadre de l’accompagnement à la professionnalisation d’artistes émergent·es issu·es des écoles d’art du territoire du programme Ambivalences, nous avons rencontré les différent·es lauréat·es du parcours : Ambre CharpagneBaptiste Leroux et Kell.

Les interviews d’Ambre Champagne et Kell sont à retrouver sur stereolux.org et electroni-k.org

Ton parcours

– Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Baptiste Leroux et je suis artiste plasticien. J’ai obtenu mon diplôme à l’ESADHaR du Havre en 2020, je vis et travaille aujourd’hui en région parisienne. Ma pratique explore les champs des technologies, de l’environnement et des pratiques sonores.

– Quels questionnements, thématiques ou phénomènes t’animent ?

Ma recherche a régulièrement pour levier un enjeu scientifique, une manipulation ou  un phénomène physique. Je m’applique ensuite à le détourner, à me l’approprier pour créer des ponts, soit avec les pratiques sonores plutôt par l’expérimentation,  soit avec un enjeu écologique, parfois même avec  les deux.

– Quelles sont tes inspirations  ?

En ce moment je m’intéresse beaucoup à l’histoire de la recherche expérimentale, comme les premières expériences autour de l’électricité comme la machine électrique de l’abbé Nollet (XVIIIe s.) ou la transmission du signal avec, par exemple, la lampe à arc chantante de William Duddell (fin XIXe s.). Les dispositifs conçus pour l’évaluation scientifique témoignent d’une inventivité, d’une richesse formelle et d’une poésie qui, je pense, entretiennent un lien très fort avec la création plastique. Les fins ne sont pas les mêmes, mais l’approche bricolée et itérative des objets conçus par les chercheurs.ses se rapproche beaucoup de celle de l’artiste.

– Peux-tu nous raconter un moment déclic dans ton parcours artistique ?

En 2015,  j’ai visité l’exposition Perceptions à la Maison des arts de Créteil. Ça a été un moment très marquant. C’était la première fois que j’étais confronté à des  formes nouvelles, moins définies, où la nature de l’œuvre passait vraiment au second plan derrière l’expérience vécue à travers elle.

Il y avait sans doute une certaine candeur de ma part, mais aussi beaucoup d’émerveillement face à ce qu’il était  possible de faire. Ça a contribué à décloisonner la manière dont j’envisage aujourd’hui la création et m’a sûrement attiré vers les arts hybrides.

– Est-ce qu’il y a des collaborations qui t’ont marqué ? 

Je bénéficie d’un cercle d’amis qui ont étudié ou font désormais carrière dans des domaines techniques liés à  ma pratique – comme l’électronique ou l’ingénierie sonore. Je pense à eux avant tout, car ils m’ont aidé ou conseillé pour développer mes premières créations.

J’essaie aujourd’hui toujours de travailler avec des proches. Léo Chedin par exemple : c’est un ami rencontré lors de nos études. Il prépare actuellement une thèse qui met en relation mouvements de danse et outils numériques. Son bagage en programmation et en automatique ont pu être mis au service du développement du programme qui pilote l’installation Dancing Species. Les mouvements du pendule inversé ne sont pas sans évoquer une certaine forme chorégraphique.

– Peux-tu nous décrire un de tes projets artistiques que tu considères comme emblématique de ta démarche ?

Encor, réalisé en 2023, est le projet que j’ai pris le plus de plaisir à concrétiser ces dernières années. Cette installation sonore consiste en une appropriation – que j’espère singulière – du phénomène du Larsen. Mon intention était de révéler l’ensemble du dispositif de boucle permettant l’avènement du son. Celui-ci devenait, à la surface de la plaque, une grande topographie musicale, avec ses pics harmoniques et ses creux d’amplitudes.

J’ai bénéficié d’un temps de recherche au département des Sciences de l’ingénierie électrique et numérique (ex-Nikola Tesla) de l’ENS Paris-Saclay. Pendant plusieurs mois, j’ai pu être accompagné techniquement pour la conception du circuit analogique qui tempère et pilote la rétroaction audio.

– Comment la création en environnement numérique sert ou enrichit ton propos artistique ? 

J’ai tendance à voir la création en environnement numérique simplement comme un médium. Dans mon cas, elle me permet d’aborder des thématiques et d’introduire des enjeux, comme l’aléatoire ou la traduction de données, qui ne seraient pas permises – de la même manière – avec des médiums traditionnels.

– Qu’est-ce que tu aimerais susciter chez les publics ?

À mon sens, une œuvre aboutie, tout champ confondu,  peut procurer au spectateur le sentiment de ne plus être tout à fait le même après l’expérience qu’il en a faite : le sentiment de voir le monde sensiblement différemment. J’ai pu l’éprouver en refermant un roman, à la sortie de concert ou d’exposition. Réussir à provoquer cela me semble être une fin en soi.

Ambivalences

– Que t’apporte le programme Ambivalences ?

Le programme Ambivalences est une opportunité de développer mon réseau professionnel en rencontrant de nouveaux acteur·rices et de nouvelles structures. Je compte aussi sur Station Mir et Obliques – les structures d’accompagnements pour la région Normandie  – pour bénéficier de leurs conseils concernant la production de mes pièces. Une partie de la bourse a deja permis de financer la refonte de mon site.

– Qu’est-ce que les échanges interrégionaux amènent comme dimension selon toi ?

Avant tout, des rencontres. En dehors des festivals, les occasions de créer rapidement de nombreuses interactions restent limitées. Ambivalences permet de les accélérer et de les multiplier grâce aux déplacements organisés en France, et éventuellement à l’étranger, durant l’année d’accompagnement. Ces déplacements sont des opportunités de rencontrer d’autres artistes et professionnels favorisant ainsi des échanges et des collaborations potentielles.

Et après ?

– Quelles sont tes actualités dans les prochains mois ?

Actuellement, je travaille sur une mise à niveau de l’installation Dancing Species, que j’ai présentée lors d’une courte exposition en février à l’espace Nonono. L’objectif est de pouvoir la diffuser sur des temps plus longs, ce qui implique d’automatiser plusieurs procédures et d’améliorer la résistance de certaines pièces intégrées à l’œuvre.

– Y a t-il des personnes avec qui tu aimerais collaborer ?

J’ai pris contact avec plusieurs facteurs d’instruments acoustiques et électroniques car j’aimerais me rapprocher de la performance sonore. L’idée de concevoir des instruments m’attire beaucoup. Les quelques réglages sonores nécessaires à l’installation de l’œuvre Encor était un premier pas en ce sens.

GALERIE

L'ARTISTE

Baptiste Leroux est né en 1995 à Paris. Praticien pluridisciplinaire, il vit et travaille aujourd’hui en région parisienne. Sa recherche artistique porte sur le détournement technologique, les enjeux écologiques et les pratiques sonores. Il suit un parcours en design graphique, puis en Arts à l’université Paris 1. Il continue son cursus à l’ESADHaR Rouen — Le Havre où il obtient respectivement son DNA et son DNSEP en 2018 et 2020. Il approfondit sa recherche à  l’ENS Paris-Saclay en intégrant, en 2022 et 2023, l’année de recherche-création ARRC. Il bénéficie d’un temps de recherche au Département d’enseignement et de recherche (DER) Sciences de l’ingénierie électrique et numérique (ex-Nikola Tesla). Il y produit l’installation sonore Encor et y perfectionne ses connaissances en électronique. Il a présenté son travail au festival d’arts numériques DN[A] à Grenoble, lors au festival une été au Havre ou encore au Château Éphémère.



LIEN VERS L'ARTISTE

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Equipe artistique
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Portrait © Stéphane Saint Martin

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