Machine spirite pour écoute des fréquences résiduelles.
Installation sonore et sculpturale, objet suspendu?
Dans le jargon des radioamateurs, SK (…-.- ; Silent Key) est l’ultime prosigne : le point final d’une transmission et l’annonce du décès d’un opérateur. La station se tait, le signal s’effondre. SK est une machine conçue pour écouter après le silence : un récepteur de fréquences résiduelles qui persistent dans l’éther.
Cette œuvre puise sa source dans une mémoire d’enfance, celle d’un grand-père champion de morse. Après sa disparition, le poste radio n’a plus transmis que du bruit blanc, ce « souffle » entre les fréquences où s’inscrit la recherche des Electronic Voice Phenomena (EVP).
L’installation se présente comme un organe suspendu : une membrane de silicone iridescent irriguée par des réseaux de cuivre qui captent le spectre électromagnétique ambiant. Un récepteur SDR et un traitement algorithmique parcourent ce flux à la recherche de patterns vocaux et de structures rythmiques proches de la parole. Prolongeant la lignée des machines spirites de Tesla ou Raudive, l’œuvre les relit à travers un prisme cyber et éco-féministe : le bruit – QRN, souffle, interférences – n’y est plus un défaut, mais une matière active, porteuse de traces et de voix potentielles. La sculpture ne possède pas de haut-parleur : elle parle par son propre corps via un transducteur vibroacoustique. La membrane oscille, vibre et murmure, rendant sensible une archéologie des mémoires spectrales.
Lola Rossi (1995) est une artiste dont la pratique explore les relations entre technologies, divination et états modifiés de conscience. Associant installation, performance, programmation, radio et images fixes ou en mouvement, elle conçoit des dispositifs qui engagent le corps et l’attention. Ses œuvres interrogent la manière dont les images, les signaux et les interfaces façonnent nos perceptions et nos croyances. Son travail fait dialoguer traditions hermétiques, pratiques rituelles et systèmes de calcul contemporains.
Elle explore notre disposition à reconnaître des figures, des présences et des présages dans des phénomènes ambigus. Le bruit, les interférences et les variations atmosphériques deviennent des matières à interprétation. Elle les donne à percevoir à travers des matières humides et translucides (membranes, verre, eau, vapeur, nuages), où la lumière et le signal traversent un corps plutôt qu’ils n’émanent d’un écran. Dans une perspective cyberféministe, elle questionne les logiques de classification, de prédiction et de contrôle inscrites dans les outils qu’elle emploie, notamment lorsqu’ils assignent des identités aux corps et des significations au vivant.
Elle en déplace les usages vers des expériences de réceptivité, de transe et d’attention flottante. Ses dispositifs explorent ainsi une écologie de l’attention : des manières d’observer, d’écouter et d’entrer en relation qui ménagent une place à l’incertitude et à ce qui échappe à la mesure.
Sa pratique s’appuie sur une dizaine d’années d’expérience en ingénierie de l’image – post production, programmation, 3D et compositing – aujourd’hui mises au service de la recherche-création. Son travail a été soutenu par le réseau des Villes créatives de l’UNESCO, le Centre des arts d’Enghien-les-Bains, le festival acces(s) et ZERO1. Elle est lauréate 2026 du programme interrégional Ambivalences (Ministère de la Culture, DRAC Bretagne, Normandie et Pays de la Loire). Elle enseigne la théorie de l’image et les arts numériques dans l’enseignement supérieur et développe Synthetic States, une recherche-création sur les états modifiés de conscience menée avec Hugo Scurto.