En septembre 2023, un pan de montagne s’effondre dans un fjord du Groenland, fragilisé par le réchauffement climatique. Le choc provoque un méga-tsunami de 200 mètres de haut, qui se transforme en une vague stationnaire, une “seiche”, oscillant sans discontinuer dans les eaux étroites du fjord. Résultat : la Terre entière vibre, pendant neuf jours, sur une fréquence unique et parfaitement régulière — un signal si étrange que les scientifiques ont d’abord cru à un phénomène non identifié.
C’est cet événement qui a inspiré Impermanence. Cinq sculptures d’eau se recomposent sans cesse sous nos yeux, animées par un dispositif mécanique et électronique qui orchestre leurs mouvements. Chaque vibration, chaque onde à la surface trouve un écho sonore : l’installation transforme en expérience sensible ce que la Terre a elle-même vécu, à une tout autre échelle.
Ici, rien n’est fixe. Les formes naissent, se déforment, disparaissent, dans un cycle continu où l’eau, le son et la lumière se répondent. L’oeuvre invite à une écoute attentive de ces équilibres fragiles — ceux du vivant, mais aussi ceux qui régissent la matière elle-même. Le titre – Impermanence – fait immanquablement écho au philosophe grec Héraclite (VIe-Ve s. av. J.-C.), pour qui tout s’écoule (panta rhei). Sa citation la plus célèbre, “on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve”, nous aide à penser le dispositif d’Étienne Rey. La stabilité n’existe pas. Tout est changement perpétuel, car ni l’eau ni le baigneur ne sont plus les mêmes.
Face aux bouleversements écologiques et aux rapports de force qui traversent notre monde, Impermanence propose une autre forme de résistance : non pas s’opposer frontalement, mais apprendre à écouter, à sentir, à coexister avec ce qui vibre et change sans cesse autour de nous.
Première au Centre de la Vieille Charité dans le cadre de la biennale Chroniques à Marseille du 24 octobre au 13 décembre.
Le travail d’Etienne Rey explore la notion même d’espace. L’enjeu est de produire des déplacements de perception. La question du lieu et de l’environnement, de l’in situ et de l’architecture participent à la découverte de structures spatiales par le biais de déplacements et de la démultiplication des points de vue.
Les diverses installations ont pour point commun d’inviter à des expériences constituées de matériel et d’immatériel, d’énergies et d’attractions qui mettent en jeu des phénomènes physiques dont le vecteur principal est la lumière. Des transformations réflexives s’opèrent entre perception, propre à chacun, et conscience de l’impact de notre présence. L’intention est de produire des expériences d’espace. Les pièces dévoilent la façon dont ce dernier se structure. Entre installations immatérielles faites de brume et de lumière et celles employant des matériaux aux propriétés optiques, toutes les œuvres élaborent des filtres perceptifs de l’environnement nous amenant à questionner notre relation au réel.
Équipe artistique : Étienne Rey, artiste plasticien. Max Bruckert, compositeur. Julien Réveillon et Hakim Hamdani, scientifiques. manoeuvre, constructeur. Sylvain Garnavault, conception mécatronique.
© Stéphane Saint-Martin
Développement du projet et mise en réseau : Oblique/s.
Coordination technique déléguée : Manoeuvre.
Partenariats : INSA Rouen Normandie, Oblique/s, Sylvain Garnavault (The Bearded Lab), Laboratoire CORIA (Université de Rouen).
Coproduction : GMEM – Centre national de création musicale, Festival ]interstice[ Station Mir, Ososphère et CHRONIQUES – Pôle régional de la création en environnement numérique – Région PACA, dans le cadre de la Plateforme CHRONIQUES CRÉATIONS.
Un projet art/science réalisé dans le cadre du Millénaire de la ville de Caen 2025.